«

»

Mai 30

« Origine France garantie » : une opportunité partagée ?

Origine France garantie

Origine France garantie

Le 19 mai a été lancé le label « Origine France Garantie », présenté comme la « marque France ». Un large consensus semble se dégager autour de cette initiative (pour ne pas parler de pensée unique ;-)). Une association, Pro France, a même été créée pour l’occasion, dont l’objectif est de promouvoir le label.

Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce une opportunité, pour les entreprises, les salariés français… et pour les clients ?

Qu’est-ce-que le label « Origine France Garantie » ?

Sur son blog, abondamment repris mot pour mot sur Internet, Yves Jégo affirme que « ce label doit permettre aux entreprises qui le souhaitent d’apporter une information claire et garantie sur l’origine nationale de leurs produits». Le député de Seine-et-Marne ajoute : « j’avais en effet constaté la faiblesse du « Made in France », simple mention facultative à la définition douanière très complexe et dont les détournements ont été largement relayés par la presse ces derniers mois. Trop d’allégations sur une origine nationale ou régionale induisent en erreur le consommateur qui attend une information claire et sincère ».

Les intentions semblent donc louables. Mais quelles sont les conditions pour qu’un produit puisse obtenir ce label ? Elles sont au nombre de deux (toujours extraites du blog d’Yves Jégo), que le Bureau Veritas Certification sera chargé d’auditer en vue de l’attribution du label :

  • « le produit a pris ses caractéristiques essentielles en France (ce qui ne peut donc se limiter aux dernières opérations ou aux finitions) » ;
  • « et au moins 50% de sa valeur correspond à une activité effectuée en France« .

Pour un label qui se veut être un parangon de la transparence des entreprises envers leurs clients, la définition ne me paraît pas d’une clarté limpide…

Une opportunité pour les entreprises et les salariés ?

J’éprouve quelques difficultés à jauger, au travers des chiffres, la réelle ambition des critères d’attribution du nouveau label, notamment les 50% (seulement ?) de valeur correspondant à une activité effectuée en France. Un article d’AutoActu, dont voici un extrait, m’a notamment amené quelques doutes :

En septembre, l’Observatoire du fabriqué en France avait révélé que la part en valeur des composants français dans les produits fabriqués en France était de 69% en 2009 (contre 75% en 1999). Dans le secteur automobile cette part était de 67%. L’observatoire révélait également que la part des produits fabriqués en France vendus dans le marché intérieur était de 66 % en 2009. La part des automobiles fabriquée en France et vendue sur le marché intérieur n’était en revanche que de 57%.

Mes interrogations ne sont pas neutres : cette nouvelle « marque France » est en effet sensée rien moins que favoriser le maintien des savoir-faire en France ainsi que les exportations, et donc la production française dans son ensemble. Le discours officiel ose même utiliser les termes de « bouclier », et de « drapeau » !

SFP - Produit français

SFP - Produit français

  • Concernant les exportations, dommage qu’on se soit contenté de penser que l’origine française d’un produit donne un gage de qualité suffisant aux potentiels acheteurs. Un produit médiocre d’ « origine France garantie » restera… un produit médiocre qui ne s’exportera pas.
  • Concernant le maintien des savoir-faire, je doute qu’un label puisse être un puissant levier de relocalisation des productions en France, ce qui semble d’ailleurs être un combat d’arrière garde. La « démondialisation » ? Quelles sont les raisons qui permettraient au nouveau label de réussir, là où apparemment son prédécesseur « made in France » a échoué ?

Les sociétés qui ont fait, sans attendre ce nouveau label d’ailleurs, le choix stratégique de relocaliser en France leur production, l’ont décidé parce qu’elles y avaient intérêt, un intérêt sans doute économique et  financier, et que leurs actionnaires ont validé ce choix.

La nouvelle « marque France », même si elle faisait l’objet d’un réel engouement des consommateurs français, changera-t-elle cette donne ?

Une opportunité pour les clients ?

Toutes les sources Internet citent les deux mêmes enquêtes, menées notamment par TNS Sofres, qui concluent que  :

  • neuf Français sur dix (95 %) jugent important que les entreprises indiquent si leurs produits ont été ou non fabriqués en France.
  • 67% des Français estiment qu’il est important que les produits qu’ils achètent soient fabriqués en France.

Le label semble donc répondre à une réelle attente des consommateurs français. Mais j’émets toutefois quelques réserves…

Tout d’abord, sauf exception, dont les achats « de conviction » (par exemple de produits issus de l’agriculture biologique, ou éco-responsables), un label n’est certainement pas le premier critère qui conditionne la décision d’achat d’un client. Le client s’intéresse en premier lieu au prix, à la qualité (on y revient, la qualité)…

Ensuite, le nouveau label vient s’ajouter à une liste déjà très longue. Ne risque-t-on pas de perdre les clients dans cette jungle de marques et autres appellations d’origine ?

3 regrets en guise de conclusion

Je souhaite une longue vie à la « marque France », qui ne va pas tarder à envahir nos écrans. Pour les entreprises qui souhaitent se lancer dans cette grande aventure de la labellisation, elles peuvent trouver le cahier des charges du label et d’autres informations ici.

Mais j’exprimerai déjà trois regrets :

  • la « marque France », semble issue d’un compromis, ce qui donc minimise d’emblée ses objectifs affichés de clarté et de transparence : pourquoi pas 80-90% de la valeur du produit correspondant à des activités effectuées en France ?
  • l’absence de critères de qualité est regrettable, et peut nuire à terme à la crédibilité du nouveau label. Pourquoi par exemple ne pas poser le label RSE comme pré-requis à cette « origine France garantie » ? Ne serait-ce pas cohérent qu’un produit autorisé à afficher son origine française donne des gages de respect de l’environnement et des droits des travailleurs ?
  • le mille-feuilles, tradition législative bien française : la nouvelle marque complète le « Made in France », s’ajoute à tous les autres labels, marques, appellations, etc. existantes. Allons vers la simplification, vecteur d’efficacité, de clarté et d’économies !

 

1 ping

  1. Le « made in France » sous toutes les coutures « Your Circles

    […] la demande de Nicolas Sarkozy. Dès lors, Christian Estrosi avait annoncé la création d’un label «marque France», conformément aux propositions du rapport […]

Laisser un commentaire